Philippe Kahn est mort le 24 novembre 2020 des suites du coronavirus, il avait 89 ans.

Après un parcours très brillant à l’Université, il avait soutenu sa thèse à Dijon en 1961 sous la direction de Berthold Goldman. Elle était consacrée à La vente commerciale internationale et fut publiée la même année aux éditions Sirey. Sa thèse fut l’une des pièces maîtresses de cette école de pensée, bientôt connue sous le nom d’ « Ecole de Dijon ». Cette Ecole s’est distinguée par l’objet de son étude : le « droit du commerce international », cette expression devant être comprise comme le droit international des affaires, et non plus comme le droit commercial international, centré sur l’analyse des règles de conflits de lois appliquées aux contrats commerciaux internationaux.

Philippe Kahn fut un pionnier de cette matière. Ce qui pouvait être au tout début des années 60 un sujet de thèse : La vente internationale, est devenu aujourd’hui une matière à elle seule. Il en fut ainsi d’autres membres de l’Ecole de Dijon : Philippe Fouchard qui avait consacré sa thèse à L’arbitrage commercial international ou encore Jacques Stoufflet qui dédia la sienne au Crédit documentaire, étude juridique d’un instrument financier du commerce international. Tous ces thèmes constituent désormais le quotidien de l’activité de la CCI.

Philippe Kahn fut co-créateur, membre et directeur pendant près de trente ans du CREDIMI (Centre de Recherches sur le Droit des Marchés et des Investissements internationaux). On peut même dire qu’il en fut l’animateur au sens propre du terme et ce n’est pas un mince compliment que de souligner qu’il aura su créer, au-delà d’une communauté de chercheurs, un véritable réseau d’amis, entretenu après lui par Eric Loquin.

C’est à travers les divers ouvrages publiés par le CREDIMI que l’on comprendra à quel point Philippe Kahn avait exploré le droit international des affaires, souvent sous l’angle de ses rapports avec la souveraineté de l’Etat. C’est ainsi que le 20e volume de la collection des ouvrages du CREDIMI lui a d’ailleurs été à juste titre consacré, sous la forme de Mélanges (Liber amicorum) qui lui ont été offerts et qui avaient pour titre : Souveraineté étatique et marchés internationaux à la fin du XXe siècle. Les autres thèmes auxquels il s’était intéressé montrent l’étendue de sa curiosité et sa prescience des questions fondamentales qui se posent dans le commerce international. Quelques exemples parmi d’autres : Investissements étrangers et arbitrage entre Etats et personnes privées (la Convention BIRD du 18 mars 1965), les hydrocarbures gazeux et le développement des pays producteurs, les contrats clés en main, les euro-obligations, les transferts de technologie, l’exploitation commerciale de l’espace, la gestion des ressources naturelles d’origine agricole, l’illicite dans le commerce international… Ces thèmes ont le plus souvent été traités par le CREDIMI alors qu’ils n’étaient pas encore « à la mode », et ils ont ouvert la voie à la réflexion sur des questions qui seront ensuite reprises par d’autres.

Du côté de son activité académique, outre des enseignements de doctorat, Philippe Kahn a été Secrétaire général (1967-1974), puis Rédacteur en chef (1975-1985), et enfin Directeur (1985-2002) du Journal du droit international (ou Clunet). Les lecteurs de ce Bulletin se souviendront à cette occasion que c’est à compter de 1974 que le Clunet fut la première revue à publier, chaque année, des extraits commentés des sentences arbitrales CCI, pratique qui se perpétue aujourd’hui, 46 ans plus tard. Les volumes des Recueils des sentences arbitrales de la CCI publiés par la CCI depuis 1985 ont repris ces extraits et leur ont opportunément ajouté des tables analytiques qui permettent la découverte et l’analyse d’une jurisprudence arbitrale. A cet égard encore, Pilippe Kahn aura fait œuvre novatrice et de précurseur.

Précurseur, Philippe Kahn le fut sans aucun doute. Cette caractéristique a tenu à ses très fines qualités d’observateur de la réalité du commerce international. A cela, il faut relever un étonnant paradoxe : lui qui fut un remarquable défricheur de la pratique contractuelle, n’était pas lui-même praticien. Or, il est très rare de voir des chercheurs qui ne sont pas des praticiens avoir une telle prescience des grandes questions qui se posent ou vont apparaître dans le commerce international.

Au-delà de ses qualités scientifiques, Philippe Kahn restera dans la mémoire de ceux qui l’ont connu, comme une personnalité attachante, très cultivée et, c’est une qualité, curieuse de beaucoup d’autres domaines que le droit.


Philippe Kahn died on 24 November 2020 from the coronavirus at 89 years old.

After a very brilliant career at the University, he defended his thesis in Dijon in 1961 under the supervision of Berthold Goldman. It was devoted to International Commercial Sale and was published the same year (Sirey Editions). His thesis was one of the centerpieces of this school of thought, soon known as the "School of Dijon". This School distinguished itself by the subject of its study: the "international trade law", this expression is to be understood as international business law, and no longer as international trade law, centered on the analysis of the rules of conflicts of laws applied to international commercial contracts.

Philippe Kahn was a pioneer in this topic. What could have been a subject for a thesis at the very beginning of the 1960s: International sales, has now become a subject-matter in itself. As this was with other members of the School of Dijon: Philippe Fouchard who had devoted his thesis to International commercial arbitration or Jacques Stoufflet who dedicated his to documentary credit, legal study of a financial instrument for international trade. All these themes now constitute the daily activity of ICC.

Philippe Kahn was co-creator, member and director for nearly thirty years of CREDIMI (Center for Research on International Investment Law). We can even say that he literally was a facilitator; it is no small compliment to stress that he was able to create, beyond a community of researchers, a real network of friends, then maintained after him by Eric Loquin.

It is through the various works published by CREDIMI that we will understand how much Philippe Kahn had explored international business law, often from the angle of its relationship with state sovereignty. This 20th volume of the collection of CREDIMI studies was rightly devoted to him, in the form of Mélanges (Liber amicorum) which were offered to him and which had the title: State sovereignty and markets international at the end of the 20th century. The other topics in which he was interested show the extent of his curiosity and his foreknowledge of the fundamental questions which arise in international trade. Some examples among others: Foreign investments and arbitration between States and private persons (BIRD Convention of 18 March 1965), gaseous hydrocarbons and the development of producer countries, turnkey contracts, Eurobonds, transfers of technology, commercial exploitation of space, management of natural resources of agricultural origin, illegality in international trade… These themes were most often dealt with by CREDIMI when not yet "fashionable", and they paved the way for reflection on questions then to be taken up by others.

In terms of his academic activity, in addition to his doctoral studies, Philippe Kahn was Secretary General (1967-1974), then Editor-in-Chief (1975-1985), and finally Director (1985-2002) of the Journal du droit international (or Clunet). Readers of this Bulletin will in fact remember that the Clunet was the first journal to publish each year, from 1974 onwards, commented extracts of ICC arbitral awards, a practice that continues today, 46 years later. The volumes of the Collection of ICC Arbitral Awards published by ICC since 1985 have taken these extracts and have conveniently added analytical tables which allow knowledge and analysis of arbitral case law. Here too, Philippe Kahn can be praised for his innovative and pioneering work.

Philippe Kahn was without a doubt a forerunner and visionary. This was due to his very fine qualities as an observer of the reality of international trade. However, one should note an astonishing paradox: he, who was a remarkable pioneer of contractual practice, was not himself a practitioner. It is very rare to see researchers who are not practitioners have such a foreknowledge of the major questions which arise or will appear in international trade.

Beyond his scientific qualities, Philippe Kahn will remain in the memory of those who knew him, as an endearing personality, very cultivated and, it is a quality, curious about many areas other than law.